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    Un petit conte

    lomdurone
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    Message  lomdurone Sam 4 Avr 2020 - 18:15

    Un très beau conte actuel !

    Or donc, il advint que le royaume du jeune et sémillant monarque Manu-Henri III et de la
    reine-mère Catherine de Macaron fut frappé par la peste venue des Indes et du Royaume de Siam.
    Les sujets de Sa Majesté n’en mouraient pas tousse, mais tousse étaient frappés.
    Le couvre-feu fut bientôt déclaré sans que cela ralentît la diffusion du fléau : en effet, dans les
    faubourgs des grandes cités du royaume, les jeunes revêtus de houseaux Nike et portant un
    chaperon en guise de couvre-chef continuaient à circuler en toute impunité pour se livrer à leurs
    activités favorites — pillages, commerce de poudre du Levant, incendie de carrosses et lapidation
    de la maréchaussée — sous l’oeil paternel et bienveillant des magistrats.
    Comme le royaume manquait de gantelets et de heaumes pour se protéger des miasmes mortels, le
    nombre des victimes s’accroissait chaque jour, surtout parmi les vieillards déjà affaiblis par le jeûne
    consécutif à la baisse des retraites décidée par Sa Majesté, dans sa grande sagesse.
    Devant l’urgence de la situation, le royaume réagit comme il l’avait toujours fait : on convoqua
    les États Généraux des carabins chargés de nommer commissions et sous-commissions afin
    d’aboutir à la constitution d’un collège d’experts qui rendrait un rapport préliminaire d’ici 2 à 3 ans.

    C’est alors qu’un vieil alchimiste provençal surnommé Raoul de Massalia prétendit pouvoir
    soigner les pestiférés avec un vieux remède, la quinina, autrefois utilisé par les chevaliers francs
    lors des croisades afin de se prémunir des redoutables fièvres orientales. On fabriquait ledit remède
    pour à peine quelques sous et le comte de Nice ainsi que son épouse la comtesse avaient même été
    guéris en quelques jours de l’affliction qui menaçait leurs vies. Certains serfs, qui faisaient la queue
    devant le dispensaire du vieil alchimiste, parlaient de miracle, tandis qu’à la cour royale on se
    gaussait de celui qu’on surnommait déjà le vieux fol : personne ne croyait qu’un remède aussi peu
    cher et aussi peuchère viendrait à bout du fléau.

    Bientôt Raoul fut conchié par les médecins parisiens de la Cour Royale : on lui reprocha d’abord
    d’être un vilain, un bouseux de basse extraction qu’on ne voyait jamais à la capitale, qui ne mettait
    même pas de perruque poudrée et déambulait tète nue et les cheveux au vent , ce qui n’augurait à
    l’évidence rien de bon sur ses compétences médicales.
    On lui reprocha aussi d’être un partisan du roi Charles Premier le Grand — dernier souverain de
    Gaule et vainqueur des chevaliers teutoniques — unanimement jalousé par ses successeurs infoutus
    de remporter une seule victoire, même contre un loup solitaire aliéné. Les dévots lui reprochèrent
    enfin de s’être opposé au voilement des femmes sarrasines à l’université, ce qui constituait
    assurément un blasphème.

    À la tête de la cabale, il y avait un trio de la plus haute noblesse : d’abord la duchesse de La
    Combe, abbesse de l’hôtel-Dieu St- Antoine et de TF1 ; puis l’ancien membre du Conseil Royal, la
    baronne Agnès Business ; et enfin l’époux de cette dernière, Le baron Yves le Vil, ayant exercé la
    charge de Grand Apothicaire Royal.

    Alors que la peste avait déjà fait des dizaines de milliers de victimes, un cacochyme chenu
    souffrant de plusieurs tumeurs vint à défuncter : il s’était administré 45 gélules 8 fois par jour
    pendant une semaine du prétendu remède de Raoul de Massalia. On oublia aussitôt tous les autres
    morts et on ne parla plus que de celui-là dans les gazettes royales qui firent passer l’épidémie au
    second plan. Les innombrables vilains scrofuleux ou atteints d’écrouelles que Raoul avait sauvés
    l’accusèrent de sorcellerie. Le parti monarchique, LAREM (la Royauté En Manu), exigea un procès
    . Menacé d’excommunication et du bûcher, l’alchimiste se rétracta et abjura devant le tribunal de
    l’inquisition. Certains témoignent qu’en quittant la salle d’audience, toujours aussi hirsute, il
    marmonna « et pourtant elle soigne ! ».

    Heureusement , tout est bien qui finit toujours bien dans le royaume de France.
    La reine-mère Catherine de Macaron, ayant contracté la peste en assistant à une représentation au
    théâtre royal, fut sauvée par la grâce de Dieu et une fiole de quinina que le chevalier Alexandre
    Filsdedieu avait conservé par devers lui. Ainsi, le bellâtre musculeux tombé en disgrâce redevint
    connétable du royaume et premier mignon du roi. Il put organiser de grands concerts au Palais
    Royal pour le plus grand plaisir de Sa Majesté qui aimait entendre troubadours et ménestrels
    travestis chanter du rap, entre deux parties de bilboquet.
    Après un an et demi d’épidémie et autant de morts que pendant la grande peste noire de 1348, la
    duchesse de la Combe, la baronne Agnès Business et le baron Yves le Vil inventèrent enfin un
    remède efficace contre la peste. La preuve que ce remède était efficace, il coûtait plusieurs écus
    d’or. Mais même les plus pauvres s’endettèrent tant la peur de la maladie les taraudait et tant ils
    avaient vu mourir les leurs, ce qui fit la fortune des laboratoires d’apothicaires, généreux mécènes
    des nobles la Combe, Business et le Vil.

    Quant au bon roi Manu-Henri III, il se montra magnanime et généreux : comme le nombre des
    retraités avait considérablement diminué, un édit royal annula la réforme des retraites pour les
    quelques vieillards qui avaient survécu à la peste et à la libération de milliers de gibiers de potence
    des geôles du royaume par la chancelière de Belle-ou-Bête. En même temps, le roi rétablit la
    gabelle car il fallait bien renflouer les caisses du royaume et surtout payer les pensions des
    privilégiés.

    Personne ne sut ce qu’était devenu Raoul de Massalia. A la Cour, dame et chevaliers affirment en
    frissonnant que Satan en personne est venu le prendre pour l’emmener à la Géhenne, et l’on
    dissimule dans des reliquaires les dernières fioles de quinina au cas où la peste reviendrait. D’autres
    disent qu’il s’est exilé dans l’Empire Songhaï où il est considéré comme un grand maraboutguérisseur
    capable de ressusciter les maures atteints de fièvre hémorragique. Alors qu’il est oublié
    dans le royaume de France, on trouve une statue de Raoul devant le palais de Mac Donald Premier,
    roi-consul des Amériques, mais il s’agit probablement d’une énième provocation du souverain
    d’Outre-Atlantique
    😘

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    Message  remy Sam 4 Avr 2020 - 18:56

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    Message  robertlego34 Sam 4 Avr 2020 - 19:18

    ça c'est de la prose , impressionnant , et bien sur : toute ressemblance avec des personnes ou évènements existant ou ayant existé serait purement fortuite... Un petit conte  2698908354

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